

Faut-il investir dans l'or ?



Mis à jour le 16 juillet 2026
L'or est l'actif le plus cher au monde, mais c'est aussi un actif improductif : le détenir ne rapporte ni dividende, ni intérêt, ni loyer. Sur très longue période, il enrichit beaucoup moins que les actions. Il garde pourtant une utilité comme outil de diversification, à petite dose et pour de bonnes raisons.
L'or est-il vraiment un bon investissement ?
Sur le très long terme, non : l'or n'enrichit pas comme le font les actions. Si l'on prend 211 ans de recul, l'or génère environ 0,6 % par an en rendement réel, quand les actions génèrent 6,7 % par an.
Commençons par un paradoxe. Quel est l'actif le plus cher au monde ? Vous pensez sans doute à Apple ou à Nvidia. En réalité, c'est l'or, avec une capitalisation de 32 000 milliards de dollars. C'est le PIB des États-Unis, et 14 fois la capitalisation du Bitcoin.
Pourtant, l'or a une caractéristique étrange pour un investissement : le détenir ne rapporte rien.
- Détenir une action fait de vous un actionnaire, éligible à des dividendes.
- Détenir une obligation fait de vous un créancier, qui perçoit des intérêts.
- Détenir un bien immobilier fait de vous un propriétaire, qui touche des loyers.
Quand vous achetez de l'or, vous le stockez et vous attendez que quelqu'un veuille bien vous le racheter, idéalement plus cher. Son prix repose donc sur la seule spéculation. C'est ce qu'on appelle un actif improductif. Warren Buffett a longtemps critiqué l'or pour cette raison.
Pour juger l'or, il faut le comparer aux actions. Le tableau ci-dessous met l'évolution du prix de l'or face à l'indice boursier américain, le S&P 500, sur trois horizons.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sur 26 ans, l'or fait mieux. Mais dès qu'on allonge l'horizon, le rapport s'inverse nettement en faveur des actions. Sur le très long terme, l'or n'enrichit pas. Faut-il pour autant l'ignorer complètement ? Pas nécessairement, et pour le comprendre, il faut voir ce qui fait bouger son cours.
Pourquoi le prix de l'or monte-t-il ?
Parce que l'or est rare et que sa quantité est quasi fixe, alors que la monnaie, elle, peut être imprimée sans limite. Quand la confiance dans la monnaie se dégrade, l'or gagne mécaniquement de la valeur face à elle.
L'or est lié à l'humanité depuis des millénaires, d'abord comme monnaie d'échange, puis comme symbole de richesse. L'or des pharaons enterré il y a 3 000 ans est toujours pur aujourd'hui. Début 2026, le prix de l'or oscille autour de 5 000 dollars l'once, soit 31,10 grammes. C'est une multiplication par 140 depuis le choc Nixon de 1971.
Avant cette date, chaque dollar était échangeable contre de l'or réel : c'est l'étalon-or. Une once valait alors toujours exactement 35 dollars. Mais la guerre du Vietnam coûte cher. La banque centrale américaine imprime plus de dollars qu'elle n'a d'or en réserve. Certains pays, dont la France, commencent à échanger leurs dollars contre du métal jaune. Le 15 août 1971, Nixon coupe le lien entre le dollar et l'or.
Depuis, nos billets ne valent plus que par la confiance qu'on leur accorde. C'est la monnaie fiduciaire, du latin fiducia, la confiance. Voltaire l'avait compris :
On peut imprimer des billets sans limite, mais pas de l'or : le stock mondial est quasi fixe, à 216 265 tonnes en circulation. L'or gagne donc mécaniquement en valeur face à des monnaies qui peuvent, en théorie, retourner à zéro. Au-delà de ce socle, le cours de l'or répond à trois facteurs.
Le type de crise économique
L'or ne réagit pas de la même façon selon la crise. En 2008, lors de la faillite de Lehman Brothers, quatrième banque d'investissement américaine, l'or perd près d'un tiers de sa valeur par rapport à son pic de mars. Les investisseurs vendent tous leurs actifs, y compris l'or, pour obtenir du cash immédiatement : c'est une crise de liquidité.
À partir de 2008, les banques centrales lancent des programmes d'assouplissement quantitatif, le nom technique de l'impression de monnaie. Les investisseurs perdent confiance dans la valeur de la monnaie et craignent l'inflation future. Entre 2009 et 2011, l'or grimpe de 160 %. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Les taux d'intérêt
En 2022, l'inflation atteint 5 % en France, 7 % en Allemagne, 8 % aux États-Unis. Normalement, l'or devrait grimper. Mais il stagne cette année-là. Pourquoi ? Parce que la banque centrale américaine remonte ses taux jusqu'à 4 % en quelques mois. Les investisseurs préfèrent alors prêter leur argent à des taux attractifs et peu risqués, et délaissent l'or.
La valeur du dollar
L'or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Quand le dollar est fort, l'or devient plus cher pour les acheteurs internationaux, qui doivent dépenser plus d'euros, de yens ou de yuans : la demande baisse, et le prix avec. Quand le dollar est faible, l'or devient moins cher en monnaies locales, la demande monte, et le prix aussi.
Quand ces trois facteurs s'alignent, dollar faible, taux qui se retournent et défiance envers le système, l'or peut monter fortement. Mais rien ne garantit que la tendance dure.
L'or protège-t-il vraiment contre l'inflation ?
Pas de façon automatique, en tout cas pas sur les périodes courtes. L'or est censé conserver son pouvoir d'achat quand les prix montent, mais l'histoire montre plusieurs contre-exemples nets. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
En 1980, l'once d'or touche un record à 850 dollars. En 2007, elle vaut toujours à peu près la même chose. Sur un quart de siècle, un investisseur n'a rien gagné, et son argent a même perdu la moitié de sa valeur à cause de l'inflation. L'or atteint un autre sommet en 2011, à 1 900 dollars l'once, en pleine crise de la zone euro. Pendant les neuf années suivantes, il stagne.
L'exemple chiffré est parlant. 10 000 euros placés dans l'or à son plus haut de 2011 ne valent toujours rien de plus en 2022. Les mêmes 10 000 euros placés au même moment dans l'indice boursier mondial valent un peu plus de 30 000 euros en 2022, soit environ deux fois l'inflation sur la période.
Le lien or-inflation est encore plus contre-intuitif à court terme :
- Entre 1980 et 1982, l'inflation en France atteint 13 % par an en moyenne. Pendant cette période, l'or baisse.
- Entre 1994 et 1998, l'inflation est plus modérée, à 2 % par an. Pourtant, l'or perd 30 % de sa valeur.
Sur des périodes courtes, l'or n'est donc pas une assurance automatique contre la perte de pouvoir d'achat.
Quelle part d'or dans un patrimoine ?
Une allocation de 0 à 5 % peut être appropriée pour apporter de la diversification, le consensus des experts se situant autour de 5 à 10 % maximum. L'intérêt de l'or ne tient pas à son rendement, mais à sa corrélation quasi nulle avec les actions : il évolue indépendamment de la bourse, ce qui peut amortir un portefeuille.
Chez Finary, nous privilégions l'investissement à long terme. Dans cette logique, l'or reste un complément, jamais un cœur de patrimoine. Deux erreurs sont à éviter.
Erreur n°1 : acheter aux prix records. Quand l'or fait la une, y compris des médias généralistes qui ne parlent habituellement pas d'argent, les particuliers achètent massivement par peur de rater l'occasion, le FOMO (Fear of Missing Out). Or, historiquement, les particuliers arrivent souvent en fin de cycle : ce sont eux qui achètent au plus haut, juste avant une correction. La prudence reste de mise.
Erreur n°2 : mettre trop dans l'or. Les articles sur l'or parlent parfois d'effondrement, de crise, de survie financière. Ces discours pessimistes sont souvent relayés par des vendeurs d'or professionnels. Or, ils ne sont pas soumis aux mêmes obligations de mise en garde que les intermédiaires financiers régulés. Certains utilisent la peur pour vous faire acheter plus, et toucher plus de commission. Comme le dit l'adage, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
Comment investir dans l'or ?
Trois voies existent : l'or physique (pièces et lingots), l'or papier (un produit coté qui réplique le cours) et les actions de sociétés minières. Chacune a sa logique de détention, de frais et de fiscalité. L'or fait partie des matières premières, une classe d'actifs à part.
L'or physique : le Napoléon 20 francs
Le Napoléon 20 francs est la référence pour débuter. En cas de catastrophe majeure du système financier, il reste à portée de main. Pourquoi cette pièce plutôt qu'une autre ? Parce que 515 millions de pièces de Napoléon sont en circulation. Cette profondeur de marché facilite la revente : les boutiques spécialisées n'hésitent jamais avec un Napoléon 20 francs, alors qu'elles craignent les contrefaçons sur des pièces moins connues. Son format permet aussi d'acheter par petites touches.
Quand vous achetez de l'or physique, vous payez parfois une prime, la différence entre le prix de la pièce et l'or qu'elle contient. Pour le Napoléon 20 francs, cette prime reste souvent proche de 0 %.
Certains formats sont à éviter :
- Les lingotins de 1 gramme coûtent souvent 15 à 20 % plus cher que l'or pur. Vous perdez donc 15 à 20 % dès le premier jour.
- Les bijoux contiennent des alliages : un bijou en or 18 carats ne contient que 75 % d'or pur.
- Les gros lingots manquent de flexibilité. Un lingot d'un kilo vaut environ 148 000 euros, et vous ne pouvez pas en vendre seulement une partie.
- Les monnaies de collection relèvent d'un autre marché, la numismatique, où le prix dépend de la rareté et de l'état, pas du poids en or.
Pour le stockage, quelques milliers d'euros d'or peuvent rester à la maison, à condition de rester discret. Le coffre en banque devient pertinent jusqu'à 50 000 à 100 000 euros d'or, pour un coût de 100 à 200 euros par an. Au-delà, un coffre privé spécialisé peut s'imposer.
Où acheter ? Sur des plateformes en ligne spécialisées ou dans des comptoirs physiques. Les banques prennent une commission de 2 à 4 %, les boutiques et sites spécialisés de 1 à 4 %. Dans tous les cas, vos pièces doivent être scellées avec le duplicata de la facture d'achat : cela évite d'endommager la pièce et les déconvenues à la revente. Ce point n'est pas cosmétique, il est déterminant pour la fiscalité.
Quelle est la fiscalité de l'or physique ?
À l'achat, il n'y a pas de TVA. À la vente, deux régimes coexistent, et vous pouvez choisir le plus avantageux si vous avez conservé vos justificatifs.
Prenons un exemple. Vous achetez une once à 4 000 euros et la revendez quatre ans plus tard à 4 200 euros, soit une plus-value de 200 euros.
- Sans preuve d'achat, vous êtes soumis à la taxe forfaitaire : 11,5 % de 4 200 euros, soit 483 euros d'impôt. Avec une plus-value de seulement 200 euros, vous perdez de l'argent.
- Avec preuve d'achat, vous optez pour le régime des plus-values. Après 4 ans, l'abattement est de 10 %, votre plus-value imposable passe de 200 à 180 euros, et l'impôt s'établit à 37,6 % de 180 euros, soit 67 euros.
Les monnaies frappées avant 1800 forment un cas particulier : considérées comme des objets de collection, elles sont exonérées si la vente est inférieure à 5 000 euros, et taxées à 6,5 % au-delà. Pour naviguer entre ces options, un expert fiscal ou un comptable peut vous accompagner.
L'or papier : les ETC
Il existe un produit coté qui vous expose au cours de l'or sans en détenir physiquement : l'or papier. Si l'or monte de 2 %, ce produit monte d'environ 2 %, à un léger écart près appelé erreur de suivi. L'Amundi Physical Gold en est un exemple : ses frais de gestion sont de 0,12 % par an et son erreur de suivi de 0,15 % par an, négligeable sur le long terme. Il détient de l'or réel, stocké chez HSBC à Londres.
Ce type de produit est un ETC (Exchange-Traded Commodity). Vous ne possédez pas l'or vous-même : vous détenez une créance. Pour l'acheter, vous devez ouvrir un compte-titres ordinaire. Pour comprendre cette enveloppe, consultez notre guide sur le compte-titres ordinaire (CTO). L'or papier en CTO est soumis à la flat tax de 31,40 % sur les plus-values, un taux fixe qui s'applique à défaut d'option pour le barème progressif. Pour comparer les produits d'or papier, leurs frais et leur mode de réplication, voir notre article dédié aux ETF or, qui font partie des ETF matières premières.
Les actions minières
Dernière voie : investir dans les sociétés qui extraient l'or. Leurs revenus sont corrélés au prix de l'or, mais la réplication du cours reste imparfaite, et leur volatilité est beaucoup plus importante : leurs prix fluctuent davantage et de façon plus imprévisible que l'or. Ces sociétés ont des coûts d'extraction variables selon les gisements et font face, comme toute entreprise, à des défis opérationnels. Cette approche indirecte porte donc plus de risques.
Questions fréquentes
L'or est-il un actif productif ?
Non. L'or ne génère ni dividende, ni intérêt, ni loyer, contrairement à une action, une obligation ou un bien immobilier. Sa valeur repose uniquement sur le prix qu'un autre acheteur acceptera de payer. On parle d'actif improductif, dont le cours dépend de la spéculation.
Quelle part de son patrimoine placer dans l'or ?
Une allocation de 0 à 5 % peut apporter de la diversification, grâce à la corrélation quasi nulle de l'or avec les actions. Le consensus des experts situe le plafond autour de 5 à 10 %. L'or reste un complément de diversification, pas un cœur de patrimoine.
Quelle est la meilleure pièce d'or pour débuter ?
Le Napoléon 20 francs est la référence pour débuter. Avec 515 millions de pièces en circulation, il se revend facilement et sa prime reste souvent proche de 0 %. Les boutiques spécialisées l'acceptent sans hésiter, là où des pièces moins connues font craindre la contrefaçon.
Comment est taxé l'or physique à la revente ?
Deux régimes coexistent. La taxe forfaitaire sur les métaux précieux s'élève à 11,5 % du prix de vente total, sans justificatif. Le régime des plus-values réelles taxe le seul gain à 37,6 %, avec un abattement de 5 % par an dès la 3e année et une exonération après 22 ans, sur justificatif d'achat.
L'or protège-t-il contre l'inflation ?
Pas de façon automatique. Entre 1980 et 1982, malgré une inflation de 13 % par an en France, l'or a baissé. Entre 1994 et 1998, il a perdu 30 % de sa valeur. Sur des périodes courtes, l'or n'est pas une assurance fiable contre la perte de pouvoir d'achat.
Sources
impots.gouv.fr - Taxe forfaitaire sur les cessions de métaux précieux (2091-SD)
impots.gouv.fr - Imposition des plus-values mobilières (PFU)
AMF - ETF (trackers) : caractéristiques et risques




