

Succession et assurance-vie : quelle imposition ?



Mis à jour le 7 août 2026
L'assurance-vie échappe aux droits de succession classiques : les capitaux versés aux bénéficiaires désignés bénéficient d'exonérations et d'abattements spécifiques, dont le montant dépend de l'âge auquel les primes ont été versées et de la date de souscription du contrat. Cet article détaille ces règles et leurs cas particuliers.
Quel est le régime fiscal de l'assurance-vie en cas de succession ?
Les capitaux transmis via l'assurance-vie échappent aux droits de succession classiques, avec des abattements et des taux d'imposition qui varient selon l'âge auquel les primes ont été versées. Selon France Assureurs, l'encours total de l'assurance-vie en France atteignait 2 107 milliards d'euros fin 2025, porté par une collecte nette de plus de 50,6 milliards d'euros sur l'année, un montant inédit depuis 2010. Cette spécificité fiscale en fait un outil de choix pour la transmission de patrimoine.
Régime fiscal des contrats détenus plus de huit ans
Les contrats d'assurance-vie de plus de 8 ans bénéficient d'une fiscalité allégée. Les gains réalisés sur ces contrats profitent d'un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple marié ou pacsé. Au-delà de ces plafonds, les plus-values sont imposées à un taux forfaitaire de 7,5% pour les versements nets inférieurs à 150 000 € (hors prélèvements sociaux), et à 12,8 % au-delà.
Règles fiscales hors succession
Une caractéristique de l'assurance-vie est son traitement fiscal "hors succession". Les capitaux transmis via un contrat d'assurance-vie ne s'intègrent pas à l'actif successoral du défunt. Cela offre plus de liberté dans la transmission du patrimoine, sous réserve que les primes versées ne soient pas jugées manifestement exagérées au regard du patrimoine de l'assuré.
Protection du conjoint survivant (mariés ou pacsés)
Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant marié ou pacsé bénéficie d'une exonération totale des droits de succession lorsqu'il est désigné comme bénéficiaire du contrat d'assurance-vie. Cette mesure renforce la protection du partenaire de vie et simplifie considérablement la transmission du patrimoine au sein du couple.
Composition du capital transmis pour les contrats multi-supports
Pour les contrats investis en unités de compte, le capital transmis aux bénéficiaires comprend à la fois les primes versées et les gains accumulés. C'est sur ce capital total que s'appliquent les abattements fiscaux successoraux. Il est par exemple possible de souscrire un contrat d'assurance-vie multi-supports en ligne chez Finary.
À noter : contrairement aux fonds euros dont les prélèvements sociaux (17,2 % en 2026) sont prélevés chaque année, les gains des unités de compte n'y sont soumis qu'au moment du dénouement. En cas de décès, ces prélèvements sociaux sont donc prélevés sur les gains UC avant versement aux bénéficiaires.
Il est important de noter que ces avantages fiscaux sont soumis à certaines limites. Par exemple, la notion de "primes manifestement exagérées" peut entraîner la réintégration de certains versements dans l'actif successoral. De même, le respect de la réserve héréditaire impose des contraintes sur les montants pouvant être transmis hors succession.
Quelle fiscalité pour les versements effectués avant 70 ans ?
Les primes versées avant les 70 ans de l'assuré ouvrent droit à une exonération de 152 500 € par bénéficiaire, puis à une taxation de 20 % jusqu'à 852 500 € et de 31,25 % au-delà. L'âge auquel les primes sont versées sur un contrat d'assurance-vie joue ainsi un rôle crucial dans la détermination de la fiscalité applicable en cas de succession.
Exonération pour des versements inférieurs à 152 500 €
Pour chaque bénéficiaire désigné, les capitaux issus de primes versées avant les 70 ans de l'assuré sont exonérés de droits de succession à hauteur de 152 500 €. Cette exonération s'applique indépendamment du lien de parenté entre l'assuré et le bénéficiaire, offrant ainsi une grande flexibilité dans la transmission du patrimoine.
Taxation pour un capital transmis entre 152 500 € et 852 500 €
Au-delà de l'abattement de 152 500 €, les capitaux transmis sont soumis à une taxation de 20%. Cette tranche s'étend jusqu'à 852 500 €, soit 700 000 € taxés à ce taux intermédiaire. Par exemple, pour un capital transmis de 500 000 €, les droits s'élèveraient à :
(500 000 € - 152 500 €) x 20% = 69 500 €.
Taxation pour un capital transmis supérieur à 852 500 €
Pour la fraction des capitaux dépassant 852 500 €, le taux d'imposition passe à 31,25%. Ce taux plus élevé s'applique sans limite supérieure. Prenons l'exemple d'un capital transmis de 1 000 000 € :
- 152 500 € exonérés
- 700 000 € taxés à 20% : 140 000 €
- 147 500 € taxés à 31,25% : 46 093,75 €
- Total des droits : 186 093,75 €.
Cas des bénéficiaires désignés hors famille proche
L'assurance-vie permet de désigner librement les bénéficiaires, y compris des personnes sans lien de parenté. Contrairement aux règles successorales classiques, les taux d'imposition mentionnés ci-dessus s'appliquent de manière uniforme, quel que soit le lien entre l'assuré et le bénéficiaire.
Un ami ou une association caritative bénéficiera des mêmes conditions fiscales qu'un membre de la famille, rendant l'assurance-vie particulièrement intéressante pour la transmission à des tiers.
Il est important de noter que ces abattements et taux s'appliquent par bénéficiaire et non par contrat. Une stratégie de diversification des bénéficiaires peut permettre d'optimiser la fiscalité globale de la transmission.
Quelle fiscalité pour les versements effectués après 70 ans ?
Les primes versées après les 70 ans de l'assuré bénéficient d'un abattement global de 30 500 €, partagé entre tous les bénéficiaires, avant application du barème classique des droits de succession selon le lien de parenté. Cette fiscalité, moins avantageuse que celle applicable avant 70 ans, conserve toutefois certaines spécificités.
Exonération pour un capital transmis jusqu'à 30 500 €
Pour l'ensemble des contrats d'assurance-vie d'un même assuré, un abattement global de 30 500 € s'applique sur les primes versées après 70 ans. Cette exonération est partagée entre tous les bénéficiaires, quel que soit leur nombre.
Par exemple : Si un assuré a versé 50 000 € de primes après 70 ans et que le contrat vaut 60 000 € au décès (donc 10 000 € de gains) : les 10 000 € de gains sont totalement exonérés, et sur les 50 000 € de primes, l'abattement de 30 500 € s'applique - seuls 19 500 € sont soumis aux droits de succession.
Taxation selon le barème commun des droits de succession
Au-delà de l'abattement de 30 500 €, les capitaux transmis sont réintégrés dans l'actif successoral et soumis aux droits de succession classiques. Le taux d'imposition varie alors en fonction du lien de parenté entre l'assuré et le bénéficiaire :
Exonération des intérêts et plus-values
Une spécificité subsiste pour les versements après 70 ans. Les intérêts et plus-values générés par ces primes restent totalement exonérés de droits de succession. Seul le capital initialement versé est soumis à l'impôt. Cette disposition peut s'avérer particulièrement intéressante pour les contrats de longue durée ou investis sur des supports performants.
Impact sur le conjoint survivant ou partenaire de PACS
Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant marié ou pacsé bénéficie d'une exonération totale des droits de succession, y compris pour les capitaux issus de primes versées après 70 ans. Cette mesure complète le dispositif de l'assurance-vie comme outil de protection du conjoint, même pour les souscriptions tardives.
Il est important de noter que pour les contrats en co-adhésion, notamment utilisés par les couples mariés sous le régime de la communauté, il est possible de choisir le dénouement du contrat au premier ou au second décès. Ce choix peut avoir des implications fiscales significatives et doit être étudié avec attention en fonction de la situation patrimoniale du couple.
En définitive, bien que moins avantageuse que pour les versements avant 70 ans, la fiscalité de l'assurance-vie reste compétitive par rapport à une succession classique, notamment grâce à l'exonération des plus-values et à la protection du conjoint survivant.
Cas particuliers et anciennes assurances-vie
La fiscalité de l'assurance-vie en cas de succession peut varier selon la date de souscription du contrat et la date de versement des primes.
Certains contrats anciens bénéficient de dispositions particulièrement avantageuses. Il est important de les connaître pour optimiser sa stratégie patrimoniale.
Contrats souscrits avant le 20 novembre 1991
Les contrats d'assurance-vie souscrits avant le 20 novembre 1991 jouissent d'un régime fiscal exceptionnel. Tous les versements effectués sur ces contrats avant le 13 octobre 1998 sont totalement exonérés de droits de succession, quel que soit leur montant et l'âge de l'assuré au moment du versement. Cette exonération s'applique même si les primes ont été versées après les 70 ans de l'assuré.
Par exemple, un contrat souscrit en 1990 avec 500 000 € de versements effectués avant octobre 1998 sera intégralement exonéré de droits de succession, selon le régime fiscal applicable à la date de versement.
Versements effectués avant le 13 octobre 1998
Pour les contrats souscrits après le 20 novembre 1991, une distinction s'opère selon la date de versement des primes :
- Les primes versées avant le 13 octobre 1998 et avant les 70 ans de l'assuré bénéficient d'une exonération totale de droits de succession.
- Les primes versées avant le 13 octobre 1998 mais après les 70 ans de l'assuré sont soumises au régime fiscal des versements après 70 ans (abattement de 30 500 € puis intégration à l'actif successoral).
Cette différence de traitement souligne l'importance de la chronologie des versements dans l'optimisation fiscale des contrats d'assurance-vie.
Tableau récapitulatif des régimes fiscaux
À noter : ces avantages fiscaux sont attachés au contrat lui-même. La conservation de ces anciens contrats peut être étudiée dans une optique de transmission, même si leurs performances financières sont parfois moins attractives que celles des contrats plus récents.
Pour les détenteurs de tels contrats, une analyse approfondie de la situation est recommandée avant d'envisager tout rachat ou transfert. Cela évite de perdre ces avantages fiscaux historiques, qui modifient le traitement fiscal lors de la succession.
Que change la loi Pacte pour l'assurance-vie et la succession ?
La loi Pacte, promulguée le 22 mai 2019, permet de transférer un contrat d'assurance-vie vers un autre contrat du même assureur sans perdre son antériorité fiscale, y compris les avantages successoraux attachés à la date de souscription et à l'âge des versements. Ces nouvelles dispositions offrent plus de flexibilité aux épargnants tout en maintenant les atouts fiscaux de l'assurance-vie en matière de succession.
Impact de la loi Pacte sur les contrats d'assurance-vie
La loi Pacte a étendu les possibilités de transfert des contrats d'assurance-vie au sein d'un même établissement financier. Cela permet aux détenteurs de contrats anciens de bénéficier des innovations financières sans perdre les avantages fiscaux acquis. Concrètement, il est désormais possible de :
- Transférer des fonds d'un contrat en euros vers un contrat multi-supports plus performant.
- Moderniser un vieux contrat pour accéder à une gestion plus dynamique ou à des frais réduits.
- Adapter son contrat à l'évolution de sa situation patrimoniale sans pénalité fiscale.
Par exemple, un épargnant détenant un contrat en euros souscrit il y a 15 ans peut maintenant le transformer en un contrat multi-supports offrant une palette d'investissements plus large, tout en conservant son antériorité fiscale.
Conserver l'antériorité fiscale du contrat initial
L'un des aspects les plus importants de la loi Pacte concerne la préservation de l'antériorité fiscale lors du transfert d'un contrat. Ainsi :
- La date de souscription du contrat d'origine est maintenue pour le calcul des avantages fiscaux liés à la durée de détention.
- Les abattements de 4 600 € (pour une personne seule) ou 9 200 € (pour un couple marié ou pacsé) sur les gains en cas de rachat après 8 ans restent applicables sur la base de la date initiale du contrat.
- En cas de décès, la fiscalité avantageuse des versements effectués avant 70 ans est conservée, même si le contrat a été transformé après cet âge.
Tableau comparatif avant/après la loi Pacte :
Cette nouvelle législation offre une opportunité de dynamiser les contrats d'assurance-vie anciens tout en préservant leurs avantages successoraux. Toutefois, ces transferts ne sont possibles qu'au sein du même établissement financier, limitant ainsi les options de l'épargnant.
Pour optimiser sa stratégie successorale, il peut être utile d'évaluer régulièrement ses contrats d'assurance-vie à la lumière de ces nouvelles dispositions. Une analyse approfondie, prenant en compte à la fois les performances financières et les avantages fiscaux, permettra de déterminer l'opportunité d'un transfert ou d'une modernisation du contrat. Pour simuler l'évolution de votre contrat, vous pouvez utiliser notre simulateur d'assurance-vie.
Clause bénéficiaire
La clause bénéficiaire est un élément crucial de l'assurance-vie. Elle détermine qui recevra le capital en cas de décès de l'assuré. Sa rédaction mérite une attention particulière pour optimiser la transmission du patrimoine et éviter les litiges potentiels.
Importance de la rédaction précise de la clause
Une clause bénéficiaire bien rédigée doit être claire, précise et actualisée. Elle doit identifier sans ambiguïté les bénéficiaires désignés. Par exemple, au lieu d'une formulation vague comme "mes héritiers", il est préférable de spécifier :
"Mon conjoint survivant, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux."
Cette précision évite les interprétations conflictuelles et facilite le versement rapide des capitaux aux bénéficiaires désignés.
Désignation de bénéficiaires de second rang
Il est possible de prévoir des bénéficiaires de second rang, également appelés bénéficiaires subsidiaires. Cette précaution permet d'anticiper le cas où le bénéficiaire principal décéderait avant l'assuré ou renoncerait au bénéfice du contrat. Une formulation type pourrait être :
"Mon épouse Jeanne Dupont, née le 01/01/1980 à Paris, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux, à défaut mes héritiers."
Clause bénéficiaire démembrée : usufruit et nue-propriété
La clause bénéficiaire démembrée permet de répartir le capital entre un usufruitier et un nu-propriétaire. Cette stratégie est particulièrement intéressante pour protéger un conjoint tout en préservant le patrimoine pour les enfants. Exemple de formulation :
"Mon conjoint pour l'usufruit, mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés pour la nue-propriété, la répartition entre eux se faisant par parts égales."
Cette disposition permet au conjoint de percevoir les revenus du capital, tandis que les enfants en récupèreront la pleine propriété au décès de l'usufruitier.
La clause bénéficiaire peut être modifiée à tout moment par l'assuré, sans frais. Exception importante : si le bénéficiaire a formellement accepté le bénéfice du contrat, toute modification requiert son accord écrit. Cette flexibilité permet d'adapter la transmission du capital aux évolutions de la situation familiale et patrimoniale.
L'imposition de l'assurance vie en succession comporte des règles spécifiques pour la transmission de patrimoine. De l'âge du souscripteur à la rédaction de la clause bénéficiaire, chaque aspect mérite une attention particulière. Les récentes évolutions législatives, notamment la loi Pacte, ont renforcé la flexibilité de cet outil tout en préservant ses avantages fiscaux historiques.
Questions fréquentes
Faut-il déclarer l'assurance-vie à la succession ?
Non, les capitaux transmis via l'assurance-vie ne s'intègrent pas à l'actif successoral du défunt (traitement "hors succession"), sauf si les primes versées sont jugées manifestement exagérées au regard du patrimoine de l'assuré. Le notaire doit toutefois en être informé pour le règlement de la succession.
Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession sur une assurance-vie ?
Non. Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint ou le partenaire de Pacs désigné bénéficiaire est totalement exonéré de droits de succession sur les capitaux transmis, quel que soit l'âge auquel les primes ont été versées.
Quel abattement s'applique à une assurance-vie après 70 ans ?
Un abattement global de 30 500 € s'applique, partagé entre tous les bénéficiaires d'un même assuré, sur l'ensemble des primes versées après 70 ans. Les plus-values générées par ces primes restent, elles, totalement exonérées de droits de succession.
Peut-on désigner un bénéficiaire sans lien de parenté ?
Oui. Pour les versements avant 70 ans, les taux de 20 % et 31,25 % s'appliquent uniformément, qu'il s'agisse d'un enfant, d'un ami ou d'une association, contrairement au barème classique des successions qui varie selon le lien de parenté.
Que devient un ancien contrat d'assurance-vie transféré chez le même assureur ?
Depuis la loi Pacte de 2019, un transfert au sein du même établissement conserve l'antériorité fiscale du contrat d'origine : les avantages liés à la date de souscription et à l'âge des versements restent acquis.
Sources
France Assureurs, L'assurance vie en 2025 : une collecte solide au service de l'économie française (encours et collecte nette, données arrêtées à fin décembre 2025).
Service-Public.fr, Assurance-vie : la fiscalité applicable en cas de rachat
AMF, Liste blanche PSCA, Finary SAS (statut réglementaire actuel de Finary).







