

Pourquoi l'infrastructure s'invite dans tous les portefeuilles des grandes fortunes



Mis à jour le 20 août 2026.
En 2025, les fonds d'infrastructure ont mis 10,9 milliards d'euros dans 189 projets français (France Invest). L'infrastructure non cotée séduit les grandes fortunes par ses revenus longs, souvent indexés sur l'inflation et peu corrélés aux marchés cotés, contre une illiquidité pouvant durer quinze ans et un risque de perte en capital. Réservée aux patrimoines capables d'immobiliser une part de leur capital.
Le coup de fil arrive un jeudi après-midi. Votre banquier privé a une nouvelle ligne à vous proposer, et elle ne ressemble ni à une action, ni à une obligation, ni même à du private equity classique : de l'infrastructure. Un parc éolien en Bretagne, un data center près de Marseille, une concession autoroutière en Espagne.
Vous avez déjà diversifié. Vous pensiez avoir fait le tour des classes d'actifs qui comptent. Et pourtant, cette ligne-là revient, année après année, dans toutes les allocations qu'on vous présente.
Vous n'êtes pas seul à recevoir cet appel. Ce qui était, il y a cinq ans, une curiosité de family office se généralise à toute la gestion de fortune. Reste la question qui compte vraiment : qu'est-ce que cet actif fait dans un portefeuille que les actions et les obligations ne font pas, et à quel prix ?
Pourquoi l'infrastructure est-elle passée de diversification accessoire à allocation centrale ?
L'infrastructure a changé de statut parce que ses chiffres ont changé d'échelle : elle pèse déjà 15 % des allocations en actifs privés des conseillers en gestion de fortune, et 46 % d'entre eux prévoient de la renforcer en 2026.
Ces chiffres viennent de l'enquête mondiale 2026 sur la gestion de fortune privée de Hamilton Lane, menée auprès de 390 conseillers en gestion de patrimoine, family offices et RIA interrogés entre le 23 octobre et le 4 novembre 2025. Dans les intentions de renforcement, l'infrastructure arrive juste derrière le capital-risque et la croissance (47 %), devant le private equity classique et la dette privée.
Les données autant que l'énergie
Le parc éolien et l'autoroute à péage ne sont plus les seuls aimants à capitaux. La croissance des data centers et des capacités de calcul liée à l'intelligence artificielle est devenue, selon plusieurs études sectorielles, l'un des relais de demande les plus dynamiques du secteur, aux côtés de l'énergie et des transports.
Un mur de capital à financer sur des décennies, des contrats souvent indexés, des flux longs : c'est exactement le profil recherché par des patrimoines qui cherchent moins un rendement immédiat qu'un revenu qui dure.
Un contexte macro qui pousse hors des marchés cotés
Une inflation plus persistante et une volatilité macro et géopolitique plus élevée qu'il y a dix ans poussent les investisseurs à chercher des relais de diversification en dehors des marchés cotés.
Selon Hamilton Lane, 86 % des professionnels de la gestion de fortune interrogés veulent augmenter leurs investissements en actifs privés en 2026, l'optimisation du portefeuille étant leur premier motif cité.
Que font exactement les banques privées et les family offices sur ce terrain ?
Les banques privées et les family offices construisent désormais des poches d'infrastructure dédiées, avec un budget de risque et un calendrier de liquidité définis à l'avance. La presse spécialisée du secteur, dont Citywire, documente depuis plusieurs mois cet engouement continu, un thème encore peu traité côté patrimoines français par rapport au private equity ou à l'immobilier.
Ce que cela change concrètement. Les grandes sociétés de gestion alternatives (Brookfield, KKR, Blackstone, EQT, Tikehau, entre autres) ont multiplié ces deux dernières années les stratégies conçues dès le départ pour la clientèle de gestion de fortune privée. Elles y intègrent des mécanismes de liquidité périodique calibrés pour des patrimoines qui n'ont ni la taille ni l'horizon d'un fonds de pension.
C'est ce déficit de financement, structurel et documenté depuis près de dix ans, que le capital privé, dont celui des grandes fortunes, est venu combler. Le coût d'accès à cette structuration sur mesure varie fortement d'un établissement à l'autre, à l'image de ce qui se pratique pour un mandat de gestion classique auprès d'un wealth manager ou d'un CGP.
Et en France ? Les fonds d'infrastructure y ont investi 10,9 milliards d'euros dans 189 projets en 2025, dont 4,3 milliards dans 120 projets d'énergies renouvelables (France Invest / Grant Thornton, communiqué mars 2026). Un marché plus modeste qu'aux États-Unis, mais qui suit la même trajectoire, portée par les mêmes établissements de banque privée qui structurent déjà l'accès au private equity et au crédit lombard pour leurs clients les plus fortunés.
Qu'apporte l'infrastructure qu'une allocation actions-obligations ne peut pas offrir ?
L'infrastructure apporte un profil de revenu que ni les actions ni les obligations ne produisent : des flux contractuels très longs, fréquemment indexés, dont la valeur dépend peu du sentiment de marché du jour. Trois caractéristiques structurent cette proposition de valeur.
- Des flux longs et souvent indexés. Une concession autoroutière, un réseau de chaleur ou un parc solaire encaisse des péages, des tarifs régulés ou des ventes d'électricité sur quinze, vingt, parfois trente ans, adossés à des contrats de long terme. Quand ces contrats prévoient une clause d'indexation, les revenus suivent mécaniquement la hausse des prix, ce qui amortit une partie de l'effet de l'inflation. Cette régularité contractuelle distingue l'infrastructure du capital investissement classique, tourné vers la croissance et la revente d'entreprises à horizon de cinq à sept ans. L'indexation n'est toutefois ni systématique ni garantie : elle se vérifie contrat par contrat, actif par actif.
- Une corrélation faible aux marchés cotés. La corrélation mesure la tendance de deux actifs à monter et à baisser ensemble. La valeur d'un actif d'infrastructure dépend d'abord de ses contrats et de ses tarifs régulés, beaucoup moins de l'humeur des marchés, et elle n'est pas recalculée à chaque séance de Bourse. Pour un patrimoine déjà exposé aux marchés cotés via son PEA ou son compte-titres, cela ajoute une troisième jambe qui ne bouge pas au même rythme que les deux premières. La contrepartie mérite d'être comprise : une partie de cette stabilité apparente vient de l'absence de valorisation quotidienne, pas d'une absence de risque.
- Un spectre de risque qui n'a rien d'homogène. Le marché distingue trois profils, une convention professionnelle (Chronograph, gérants, consultants) sans aucune base légale ou réglementaire. Le core regroupe des actifs déjà construits et en exploitation, dans des secteurs régulés, aux flux prévisibles (objectif de rendement de 4 à 6 %). Le core-plus vise des actifs matures nécessitant une gestion active (objectif de 8 à 12 %). Le value-add / opportunistic finance des actifs à construire, avec une exposition au risque de marché et d'exécution (objectif de 12 à 15 %). Aucun de ces chiffres n'est une promesse : ce sont des cibles de gérants, et le risque de perte en capital reste entier sur l'ensemble du spectre.

Schéma 1 : évolution de l'allocation infrastructure et intentions de renforcement des conseillers en gestion de fortune, source Hamilton Lane, enquête 2026. Exemple illustratif, données déclaratives, aucune garantie de performance.
Quels risques cache cette classe d'actifs qu'on présente souvent comme défensive ?
Cette classe d'actifs réputée défensive porte quatre risques structurels, que le mot rassurant d'« infrastructure » a tendance à faire oublier.
- L'illiquidité, le risque le plus structurel. Les parts de fonds peuvent être bloquées jusqu'à quinze ans, le maximum légal fixé pour les FCPR (CMF art. L. 214-28, VII), et le règlement d'un FPCI peut même prévoir un blocage au-delà de quinze ans (CMF art. L. 214-160, III). En pratique, la durée de vie contractuelle d'un fonds tourne plutôt autour de huit à dix ans, mais cette durée de marché ne se confond jamais avec le plafond légal. La sortie se fait de gré à gré, avec décote en cas de cession forcée : l'argent engagé là ne peut pas être un argent dont on aurait besoin à moyen terme.
- Le risque réglementaire et tarifaire. Une large part des actifs « core » (énergie régulée, eau, certaines concessions de transport) tire ses revenus de tarifs fixés ou plafonnés par un régulateur ou une autorité publique. Un changement de méthode tarifaire ou de politique publique peut donc affecter directement les flux de trésorerie de l'actif. Ce point est documenté par les gérants institutionnels eux-mêmes : à ce jour, aucune alerte macro-prudentielle dédiée de la Banque de France, de l'ACPR ou de l'AMF sur l'infrastructure spécifiquement n'a été identifiée, contrairement à ce qui existe pour la dette privée.
- La sensibilité aux taux d'intérêt. Les actifs d'infrastructure « core » sont valorisés comme des flux de trésorerie de longue duration à revenus prévisibles, ce qui les rend structurellement sensibles au taux d'actualisation retenu. Une hausse des taux tend à comprimer leur valorisation à flux constants, et renchérit le coût de la dette de projet pour les montages à effet de levier (source : Russell Investments, note de novembre 2025).
- Les risques propres aux stratégies offensives. Pour le value-add et l'opportunistic s'ajoutent un risque de construction (greenfield), propre aux actifs encore à bâtir, et un risque politique (changement de concession, expropriation) qui n'est chiffré par aucune source officielle.
Les erreurs les plus chères, sur ce genre d'actif, ne font aucun bruit au moment où on les commet. La ligne d'infrastructure ajoutée sans revoir le reste de l'allocation, jusqu'au jour où l'ensemble du patrimoine se retrouve trop illiquide pour saisir une opportunité, ou pour simplement traverser un imprévu.
Le fonds choisi pour son thème (l'énergie, la donnée) plutôt que pour la solidité de son gérant, dans une classe d'actifs où la dispersion entre le meilleur et le pire quartile se compte en dizaines de points de rendement. Aucune de ces erreurs ne se voit le jour où l'on signe. Toutes se paient des années plus tard, quand il est trop tard pour corriger.
Faut-il passer par un fonds, une banque privée ou un family office pour y accéder ?
Le véhicule compte plus que l'étiquette commerciale. Le droit français ne définit aucune catégorie juridique « fonds d'infrastructure » : ce sont les mêmes véhicules ordinaires du capital investissement (FCPR, FPCI) ou de la dette privée (FPS) qui sont utilisés, avec les mêmes règles de quota.
Une prise de participation dans la société de projet qui détient un actif (equity, la stratégie dominante du marché) respecte le même quota de 50 % de titres de capital non coté qu'un FCPR de private equity classique (CMF art. L. 214-28, I). Un financement par la dette de projet reste éligible, mais plafonné à 20 % de l'actif du fonds.
Le label européen à connaître : l'ELTIF 2.0. Le règlement européen (UE) 2023/606, applicable depuis janvier 2024, cite explicitement l'infrastructure (énergie, transport, télécoms, infrastructures sociales) comme l'exemple type d'« actif réel » éligible. C'est le véhicule le plus naturellement calibré pour commercialiser de l'infrastructure en gestion pilotée ou en unité de compte d'assurance-vie, qu'un FPCI ou un FPS français peut obtenir en complément de son statut de droit français.
Trois portes d'entrée, en pratique. Une banque privée ou un family office structure généralement l'accès sur mesure, avec des tickets et une sélection propres à chaque établissement. Un fonds FPCI accessible en direct (ticket légal à partir de 100 000 €) ou en unité de compte d'assurance-vie reste la voie la plus documentée pour un patrimoine qui structure lui-même son allocation. Le détail des véhicules, de la fiscalité applicable (flat tax en compte-titres, régime du FCPR fiscal, assurance-vie) et de la construction d'une poche sans déséquilibrer son patrimoine fait l'objet d'un guide dédié : notre article sur les fonds d'infrastructure.
Une allocation qui reste, par construction, minoritaire. Mounir Laggoune le rappelle dans Investir pour être libre : la part allouée au private equity, infrastructure comprise, ne devrait pas dépasser 20 % du patrimoine financier, et jamais concentrée sur un seul fonds ou un seul millésime. C'est une conviction, pas un chiffre gravé dans le marbre, mais elle a le mérite de rappeler que l'infrastructure reste un satellite dans un portefeuille diversifié.

Schéma 2 : le spectre risque-rendement de l'infrastructure non cotée (core, core-plus, value-add / opportunistic), source Chronograph. Objectifs de gérants, non garantis. Exemple illustratif, risque de perte en capital.
Comment Finary One vous aide à décider si l'infrastructure a sa place dans votre patrimoine ?
Finary One propose un diagnostic patrimonial gratuit et sans engagement de l'ensemble de votre situation, avant même de devenir client. Un gestionnaire privé regarde votre patrimoine sur trois plans :
- Protection : clause bénéficiaire de l'assurance-vie, régime matrimonial, prévoyance, protection du dirigeant.
- Structuration : holding, apport-cession, démembrement, donations, articulation entre patrimoine professionnel et personnel.
- Investissements et enveloppes : l'accompagnement porte sur la calibration du portefeuille et sur l'opportunité de réaliser ou non un investissement donné, quelle que soit l'enveloppe qui le loge (compte-titres, PEA, PER, contrat de capitalisation, assurance-vie luxembourgeoise). L'objectif : situer une éventuelle poche d'infrastructure dans une allocation d'ensemble cohérente, ni sous-dimensionnée, ni excessive au regard de votre liquidité réelle.
Sur l'infrastructure, la vraie question porte moins sur la qualité d'un fonds que sur trois paramètres : quelle part de mon patrimoine je peux réellement immobiliser, dans quelle enveloppe, et pour quel objectif. Le gestionnaire privé coordonne la discussion entre vous, votre notaire, votre avocat fiscaliste et votre expert-comptable, et pilote la mise en œuvre dans le temps. C'est du conseil en investissement personnalisé (non indépendant), sur la durée.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un actif réel, et l'infrastructure en fait-elle partie ?
Un actif réel est un actif tangible, à valeur intrinsèque, comme un pont, un réseau électrique ou un data center, par opposition à un actif financier coté. L'infrastructure est l'exemple type cité par le règlement européen ELTIF pour définir cette catégorie, aux côtés de l'énergie, des transports et des infrastructures sociales.
L'infrastructure protège-t-elle vraiment contre l'inflation ?
Une partie des actifs d'infrastructure, notamment ceux dont les contrats ou tarifs régulés sont indexés, offre une certaine protection contre l'inflation. Cette protection n'est ni automatique ni garantie : elle dépend du contrat sous-jacent, et le risque de perte en capital demeure sur l'ensemble de la classe d'actifs.
Quel est le principal risque d'un investissement en infrastructure ?
L'illiquidité est le risque le plus structurel : les parts de fonds peuvent être bloquées jusqu'à quinze ans (CMF art. L. 214-28), voire au-delà pour un FPCI dont le règlement le prévoit (CMF art. L. 214-160). S'y ajoutent un risque réglementaire et tarifaire, une sensibilité aux taux d'intérêt pour les actifs de longue duration, et, pour les stratégies opportunistes, un risque de construction.
Faut-il passer par une banque privée pour investir dans l'infrastructure ?
Plusieurs voies coexistent. Une banque privée ou un family office structure souvent un accès sur mesure, tandis qu'un FPCI accessible en direct ou logé en unité de compte d'assurance-vie reste une voie documentée, à condition de vérifier le véhicule, le gérant et l'enveloppe fiscale la plus adaptée à sa situation.
Quel rendement peut-on attendre d'un fonds d'infrastructure ?
Aucun rendement n'est promis. Le marché distingue des objectifs de gérants selon le profil de risque : environ 4 à 6 % pour le core, 8 à 12 % pour le core-plus, 12 à 15 % pour le value-add et l'opportunistic (source Chronograph), sans qu'aucun de ces chiffres constitue une garantie de performance.
Quelle est la différence entre infrastructure core et infrastructure opportunistic ?
Le core regroupe des actifs déjà construits et en exploitation, dans des secteurs régulés, aux flux de trésorerie prévisibles. L'opportunistic implique des actifs à construire (greenfield), des revenus non contractés et une exposition à des marchés émergents, avec un profil de risque et un objectif de rendement très supérieurs au core.
Sources
- Russell Investments, Higher rates, higher debt: The infrastructure opportunity (novembre 2025)








