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Candice Lemoigne, autrice économique chez Finary
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1/7/2026

Utiliser son argent pour être heureux

Candice Lemoigne, autrice économique chez Finary
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Candice Lemoigne
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Candice Lemoigne
Cible 3D bleue avec une flèche en plein centre, entourée de pièces, billets et coffre — illustration d'un objectif financier bien visé

En bref — Pour utiliser votre argent afin d'être plus heureux, ne partez pas d'un chiffre mais de la vie que vous voulez rendre possible. Les recherches en économie et en psychologie convergent : ce qui procure un bien-être durable, c'est d'utiliser son argent pour gagner du temps, vivre des expériences et se sentir en sécurité — pas pour accumuler du statut. Un bon objectif financier a du SENS : une Source assumée, une Envie claire derrière le chiffre, un quotidien qu'il Nourrit, et un Seuil à partir duquel c'est « assez ».

On répond souvent à la question « comment atteindre ses objectifs financiers ? ». Beaucoup plus rarement au « pourquoi ? ».

À force de poursuivre un objectif, on finit par oublier ce qu'on espérait trouver en l'atteignant. Et si le vrai risque n'était pas d'échouer à atteindre votre objectif… mais de réussir le mauvais ?

Cet article n'est pas un guide de plus sur la façon de gagner ou de placer votre argent. C'est une méthode pour vérifier que l'objectif que vous poursuivez est bien le vôtre.

Derrière le chiffre : ce que vous cherchez vraiment

Le chiffre est pratique : il évite d'avoir à formuler ce que l'on cherche réellement.

Prenez l'objectif du million d'euros. Ce que les gens veulent, ce n'est pas le million en lui-même : c'est ce qu'il représente. La liberté, le contrôle, l'autonomie, parfois la reconnaissance. « Je veux être millionnaire » n'est déjà plus un besoin - c'est une solution. Et l'erreur, c'est d'avoir oublié le problème de départ.

L'économiste Charles Goodhart l'a résumé ainsi : quand une mesure devient un objectif, elle cesse d'être une bonne mesure.

L'immobilier en est l'illustration parfaite. Devenir propriétaire est aujourd'hui l'un des objectifs financiers les plus poursuivis. Pourtant, en 2022, deux économistes de l'Université de Bâle, Reto Odermatt et Alois Stutzer, ont suivi plus de 800 futurs propriétaires allemands. Leur mission : comparer le niveau de satisfaction que ces personnes anticipaient avant l'achat, et celui qu'elles ont réellement ressenti une fois propriétaires.

Résultat : devenir propriétaire les rendait bien moins heureuses qu'elles ne l'avaient anticipé. L'achat augmentait bien leur satisfaction — mais beaucoup moins que prévu, et ce surplus s'estompait plus vite qu'elles ne l'imaginaient. (À noter : l'étude ne dit pas qu'il ne faut pas acheter ; elle invite à mieux formuler ce que l'achat représente vraiment.)

Nous finissons par confondre l'objectif avec sa promesse.

C'est exactement pour ça que nous avons construit Objectifs

La plupart des gens partent d'un chiffre, puis essaient de construire leur vie autour. La feature Objectifs fait l'inverse : on part de la vie que vous voulez construire, puis on remonte jusqu'au chiffre.

Concrètement, vous définissez un projet - retraite, indépendance financière, achat immobilier - et Objectifs le traduit en objectif financier.

Parce que si ce que vous voulez, c'est voyager, votre patrimoine n'a d'intérêt que s'il vous permet de voyager plus souvent. Et si ce que vous voulez, c'est du temps, il n'est utile que s'il vous permet d'en récupérer. L'objectif financier n'est jamais la destination : c'est un moyen. Et des moyens, il n'y en a jamais qu'un seul.

Découvrir Objectifs →

Encore faut-il savoir ce que l'on cherche vraiment à obtenir. Car même lorsqu'on croit le savoir, nous sommes souvent très mauvais pour prédire ce qui nous rendra heureux.

Le psychologue Dan Gilbert l'a démontré dans Stumbling on Happiness : nous prédisons mal ce qui nous rendra heureux, et nous nous habituons bien plus vite que prévu à ce que nous obtenons. À peine atteint, l'objectif cesse d'être une promesse pour devenir la norme - et le chiffre suivant prend déjà sa place.

C'est ce que le chercheur Tal Ben-Shahar appelle l'arrival fallacy : la conviction que l'arrivée produira un bonheur durable. Le danger est plus profond qu'une simple erreur de prédiction : c'est d'organiser toute son existence autour d'un futur conditionnel. « Après le million », « après l'achat », « après la retraite »… C'est ce qu'on appelle la vie différée.

Or la bonne réponse n'est pas toujours de gagner plus. Parfois, c'est de changer quelque chose maintenant. Encore faut-il comprendre d'où vient ce qu'on croit chercher.

D'où vient votre objectif ?

Il y a les objectifs qu'on hérite. Ceux qu'on défend. Et ceux qu'on choisit vraiment.

L'objectif hérité

Nous aimons croire que nos objectifs nous appartiennent. Pourtant, ils sont souvent influencés par les personnes que nous admirons, imitons ou prenons pour modèle. Nous désirons souvent ce que les autres désirent - ce que le philosophe René Girard appelle le désir mimétique.

Derrière beaucoup d'objectifs financiers se cache un désir de reconnaissance : être vu autrement, respecté, considéré comme légitime. C'est un signal de compétence autant que d'appartenance. Le problème, c'est que le « top 10 % » n'existe que parce que 90 % des gens restent derrière — et nous raisonnons pourtant comme si nous allions naturellement en faire partie.

La vraie question à se poser : qui m'a donné cette carte ? Un objectif hérité n'est pas forcément un mauvais objectif. Il peut être parfaitement sain - à condition de l'avoir choisi, et pas seulement absorbé.

L'objectif défensif

Tous les objectifs ne viennent pas de l'extérieur. Certains viennent de la peur. « Je ne veux plus jamais manquer de rien. » « Je ne veux plus dépendre de mon employeur. »

Depuis les travaux de Kahneman et Tversky en 1979, on sait que perdre 100 € fait environ deux fois plus mal que gagner 100 € ne fait plaisir. Un moteur défensif n'a rien de mauvais en soi.

C'est l'idée du Filet de sécurité

L'une des fonctions de nos objectifs financiers est simplement de nous rassurer. Avant de viser le million ou l'indépendance financière, le Filet de sécurité - l'un des objectifs proposés - répond à une question beaucoup plus simple :

« Si quelque chose tourne mal demain, est-ce que j'ai mis en place un filet de sécurité ? »

Parce qu'il est difficile de construire sereinement sans cette base.

La peur devient un problème seulement lorsqu'elle n'est plus un point de départ, mais la seule destination. La question à se poser : que se passe-t-il dans ma vie si je n'atteins jamais cet objectif ? Si la réponse vous inquiète, il s'agit peut-être d'une protection plus que d'une aspiration.

L'objectif authentique

Ce qui est hérité regarde autour. Ce qui est défensif regarde derrière. L'objectif authentique, lui, regarde devant.

Les psychologues Tim Kasser et Richard Ryan étudient cette distinction depuis plus de 30 ans. Dès les années 1990, leurs travaux ont mis en évidence deux façons très différentes de poursuivre l'argent :

  • Les objectifs extrinsèques utilisent l'argent pour obtenir du statut ou de la reconnaissance.
  • Les objectifs intrinsèques s'intéressent à ce que l'argent permet de faire.

Les personnes portées par des objectifs extrinsèques se déclarent moins heureuses et plus anxieuses. Logique : si votre objectif dépend du regard des autres, il ne peut jamais vraiment être atteint. Le regard change, et exige toujours plus.

Quand les psychologues Edward Deci et Richard Ryan ont creusé la question, ils ont retrouvé les mêmes ressorts chez des personnes aux parcours très différents. Quarante ans plus tard, leurs travaux nourrissent la psychologie, l'éducation et le sport. Ils ont identifié trois besoins fondamentaux et universels :

  • L'autonomie : pouvoir dire non à un emploi qui ne convient pas.
  • La compétence : avoir les moyens de développer son projet.
  • L'appartenance : aider ses proches quand ils en ont besoin.

Ce qui est frappant, c'est qu'aucun de ces désirs ne ressemble à une plage paradisiaque.

« Je n'ai pas du tout envie d'aller vivre sur une île déserte, loin de tout. Pour moi, c'est l'enfer. »
- Micro-trottoir

Pourtant, l'image du bonheur financier qu'on nous vend le plus souvent, c'est exactement ça : du temps libre, moins d'obligations, plus de légèreté. Le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi a passé sa carrière à étudier ce qui rend les gens vraiment heureux. Sa conclusion : ce n'est pas le repos, mais l'engagement total dans quelque chose de difficile. Il appelle cet état le flow - celui où l'on perd la notion du temps tant on est absorbé.

Un bon objectif financier ne vous libère pas de tout. Il vous libère pour quelque chose.

Fixer un objectif financier sain : les 3 critères

Critère n°1 - Cohérent et aligné

Première question, la plus simple : est-ce vraiment votre objectif ?

L'argent n'est pas un créateur de sens. Si votre vie est déjà orientée, il peut lui donner plus d'ampleur. Si elle ne l'est pas, il ne la remplira pas. Un objectif financier sain est cohérent avec la vie qu'il cherche à rendre possible.

Le test le plus révélateur est souvent le plus banal : décrivez le mardi ordinaire qui suit l'objectif. Pas le jour où vous l'atteignez ; les mardis d'après. À quoi ressemble votre journée ? Si vous avez du mal à décrire la vie qu'il rend possible, vous poursuivez peut-être davantage le chiffre que ce qu'il représente.

Critère n°2 - Orienté vers l'usage

Deuxième question : quelle contrainte cet objectif est-il censé faire disparaître ?

Un objectif financier sain ne s'arrête pas à un chiffre : il décrit un changement dans votre vie. C'est ce qu'ont montré Ashley Whillans, Elizabeth Dunn et Michael Norton en 2017 : ce qui prédit le bien-être, ce n'est pas le montant dépensé, mais la nature de la dépense. Les gens sont le plus heureux lorsqu'ils utilisent leur argent pour récupérer du temps. Et les expériences procurent plus de satisfaction durable que les biens matériels - parce qu'elles créent des souvenirs, renforcent les relations et deviennent une partie de notre identité.

La question n'est donc plus « combien ? », mais « pour quoi faire ? ». Qu'est-ce que vous faites de plus ? Qu'est-ce que vous faites de moins ? Plus la réponse est précise, plus l'objectif a des chances d'être utile.

Critère n°3 - Suffisant

Dernière question, la plus difficile : à partir de quand est-ce assez ?

On parle souvent du rendement d'un objectif financier ; presque jamais de son coût. Tout objectif ambitieux a un prix - en attention, en énergie, en stress, en relations sacrifiées. Le vrai retour sur investissement d'un objectif, ce n'est pas seulement ce qu'il rapporte une fois atteint : c'est ce qu'il vous aura coûté pour y arriver.

Herbert Simon s'intéressait à une question simple : comment savoir quand arrêter de chercher mieux ? Il a appelé cela le satisficing. Barry Schwartz en a montré l'envers : plus d'options ne rend pas plus libre. Ça paralyse, ça épuise, et ça repousse sans cesse la ligne d'arrivée.

Un bon objectif financier ne définit pas seulement où aller. Il définit aussi quand s'arrêter. Autrement dit, il fixe un seuil. Sans seuil, l'objectif recule à mesure qu'on s'en approche. Avec un seuil, le problème peut enfin être considéré comme résolu.

Mettre votre objectif à l'épreuve : 3 questions

Le piège serait de croire qu'un bon objectif est un objectif définitif. Un objectif financier est une hypothèse sur la vie qu'on veut rendre possible - et toute hypothèse a besoin d'être testée. Parce que nous changeons, parce que nos contraintes changent, parce que ce qui avait du sens à 25 ans n'en a pas forcément à 45.

Nous passons énormément de temps à optimiser nos portefeuilles, et très peu à vérifier que nos objectifs nous correspondent encore. Voici trois façons de les mettre à l'épreuve.

Pourquoi celui-là ?

Prenez l'objectif le plus présent dans votre tête, celui qui occupe le plus d'espace mental. Demandez-vous : pourquoi celui-là ? Puis : et après ? Puis encore : et après ? Continuez jusqu'à ce que la réponse ne soit plus financière.

Pourquoi attendre ?

Imaginons que vous n'atteigniez jamais cet objectif. Qu'est-ce qui vous manquerait le plus ? Est-ce que cette chose dépend vraiment du chiffre, ou d'une décision ? Qu'est-ce que vous vous interdisez aujourd'hui en attendant de l'atteindre ? Et que se passerait-il si vous commenciez, même un peu, dès maintenant ?

Pourquoi encore ?

Est-ce que cet objectif correspond à la personne que vous devenez, ou à celle que vous étiez ?

Le psychologue Jordi Quoidbach a documenté ce qu'il appelle l'end of history illusion : nous savons que nous avons changé dans le passé, mais nous croyons que nous changerons peu à l'avenir. Les données disent l'inverse : à tous les âges, les individus sous-estiment systématiquement à quel point ils changeront dans les dix années suivantes.

Cet objectif financier est donc aussi un pari sur votre futur vous. Vous enthousiasme-t-il encore, ou est-il simplement devenu votre plan ? Le poursuivez-vous parce qu'il vous attire - ou parce que vous y avez déjà consacré beaucoup de temps ? Les années déjà investies sont une raison de réfléchir, pas une raison de continuer.

Le test grandeur nature : le témoignage de Candice

Nous avons demandé à Candice, autrice économique chez Finary, de faire l'exercice sur elle-même.

Mon objectif financier de départ était clair : bien gagner ma vie. En travaillant sur ce sujet, j'ai réalisé que c'était un objectif hérité. Dans ma famille, la première question était toujours : « Combien tu seras payée ? »

Alors je me suis posé le fameux « et après ? ». Avoir de la marge, ne plus compter pour un restaurant, un voyage, un concert. Et après ? La tranquillité. Ne plus avoir à y penser.

J'ai fait le test du mardi matin : ce mardi matin idéal que mon objectif est censé rendre possible. Pour moi, c'était limpide - un footing, un café, un pain suisse, écrire une scène de film. Et là, le déclic : ce mardi matin, il existe déjà. Mon objectif, ce n'est pas de construire cette vie ; c'est de la protéger.

Puis je me suis demandé : à partir de quand ce sera suffisant ? J'avais un chiffre en tête, un patrimoine à atteindre, sans vraiment savoir d'où il venait. En y réfléchissant, j'ai compris que ce que je veux vraiment, c'est un revenu qui me permette de vivre sans y penser. Parce qu'un patrimoine, on l'atteint une fois ; un revenu, on le vit chaque mois.

J'aurais pu passer des années à poursuivre une réponse avant même d'avoir compris la question. Ce qui m'a le plus surprise, c'est que je n'avais jamais remis cet objectif en question depuis que je me l'étais fixé.

La méthode SENS

Avant de poursuivre un objectif financier, vérifiez qu'il a du SENS :

  • S - sa Source. D'où vient cet objectif ? Est-il hérité, défensif, ou vraiment le vôtre ?
  • E - l'Envie derrière le chiffre. Que cherchez-vous vraiment ? Demandez-vous « et après ? » jusqu'à ce que la réponse ne soit plus financière.
  • N - ce qu'il vous Nourrit. Quel mardi matin rend-il possible ? Décrivez-le concrètement. Si vous n'y arrivez pas, vous poursuivez peut-être le chiffre plutôt que la vie qu'il est censé rendre possible.
  • S - votre Seuil. À partir de quand est-ce suffisant ? Sans seuil, l'objectif recule toujours plus loin.

Une fois votre objectif trouvé, Finary peut vous aider à construire la trajectoire pour l'atteindre.

De combien avez-vous vraiment besoin ?

La feature Objectifs part de votre rythme de vie, de vos dépenses et de vos projets pour répondre à une question simple :

De combien avez-vous vraiment besoin pour vivre la vie que vous voulez ?

Essayer Objectifs →

Autrement, vous continuerez peut-être de chercher la bonne réponse… à la mauvaise question.

Candice Lemoigne, autrice économique chez Finary
Édité par
Candice Lemoigne
Autrice économique @ Finary
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Candice Lemoigne
Autrice économique @ Finary
Candice est autrice économique chez Finary, où elle relie grandes tendances économiques et finance personnelle.